Fabriquer des cons

Le projet sociétal de la droite apparaît de plus en plus pour ce qu’il est réellement : fabriquer des cons. Pour qu’une domination puisse non seulement se pérenniser mais surtout devenir légitimée par ceux mêmes qui la subissent, il faut d’arrache-pied travailler à les déculturer, à les infantiliser, à les rendre crédules et dociles, et [...]

Le projet sociétal de la droite apparaît de plus en plus pour ce qu’il est réellement : fabriquer des cons. Pour qu’une domination puisse non seulement se pérenniser mais surtout devenir légitimée par ceux mêmes qui la subissent, il faut d’arrache-pied travailler à les déculturer, à les infantiliser, à les rendre crédules et dociles, et suprême raffinement, à les faire se sentir coupables de ce qu’on leur met dans la gueule. En bref, désarmer symboliquement des pans entiers de la populations pour que non seulement l’idée même de révolte ne soit plus qu’un vague nuage lointain et inaccessible, mais même ça n’est pas encore assez : il faut que le simple fait même de « penser » – prendre du recul par rapport à une situation et faire acte d’analyse pour en tirer conclusions et conséquences – soit de plus en plus assimilé à quelque chose de contraignant, d’éprouvant, et au final de parfaitement inutile…

On en voit une illustration flagrante dans l’idéologie du « j’veux pas m’prendre la tête », qui traverse toutes les couches sociales y compris les plus favorisées, et qui à ce stade n’est même plus une fatigue intellectuelle générale mais bel et bien une reddition inconditionnelle des cerveaux qui refusent activement de fonctionner…on se tromperait si on se contentait de voir là une passivité face au monde : il s’agit bel et bien d’une action orientée vers un rejet catégorique et agressif, motivé en sous-main par une terreur abjecte de voir sa vision du monde perturbée par le moindre décalage. Et ce symptôme est bien plus inquiétant pour la suite des évènements dans nos sociétés « civilisées » que les fantasmes de la droite réactionnaire sur « l’invasion islamique », qui ne sert qu’à orienter les esprits dans des directions fausses pour leur faire oublier que la bourgeoisie travaille au grand jour à leur généreuse enculade : le petit blanc opprimé devenant ainsi agent de sa propre aliénation en réclamant plus de sévérité pour les bronzés, alors qu’il se fait exploiter jusqu’au trognon sans moufter.

C’est par rapport à ce projet conscient de la droite qu’elle a décidé de prendre les choses à la racine, et de commencer le lavage de cerveaux à la base : il faut donc que les gosses soient de plus en plus crétinisés, de plus en plus mal éduqués dans tous les sens du terme, et surtout qu’ils ne puissent plus disposer à terme des outils qui leur permettraient de poser les question qui fâchent. La suppression de l’Histoire dans certaines filières obéit à cette logique, mais cette affaire polémique n’est que la partie visible d’un iceberg idéologique extrêmement cohérent très bien analysé dans cette tribune du Monde par une prof désabusée et inquiète :

« Ce gouvernement détricote progressivement notre école qui déjà ne sait plus du tout réparer les inégalités sociales initiales. Un seul objectif, louable certes, la réduction de la dette publique, guide les mesures qui se succèdent et s’ajoutent, créant à chaque fois des oppositions mais sans susciter de contestation efficace et solidaire.

Que voulons-nous donc : une génération qui n’aura pas de dettes mais pas trop de tête non plus ? Il suffit bien que certains – les chefs – pensent ; ils diront aux autres ce qu’ils doivent faire – telle semble être la philosophie implicite de mon ministère. Les enfants de ceux qui ont un capital économique et/ou culturel pourront toujours aller se former dans des écoles privées où on leur apprendra le maniement de la langue qui permet éventuellement le maniement des autres, ou recevront à la maison les bases nécessaires à leur bon développement et à leur épanouissement personnel.(…)

« On sent désormais une lutte idéologique s’associer à l’objectif budgétaire pour supprimer ou diminuer l’influence de matières qui pourraient aider les élèves à réfléchir par eux même, c’est à dire contre l’idéologie dominante (celle du marché et de ses pseudo-lois naturelles qui permettent le maintien des hiérarchies existantes), partout présente sous des formes apparemment anodines : sont visées en premier lieu les sciences économiques et sociales qui permettent de construire un regard distancié et potentiellement critique sur notre société et l’histoire géographie qui s’est vivement défendue et a recueilli beaucoup de soutiens dans les mondes universitaires et médiatiques.

Les langues ont en amont déjà été quasiment vidées de leur contenu culturel au profit d’un enseignement en « compétences » qui ne donne pas vraiment les fruits escomptés. L’enseignement du français, base de tous les autres enseignements est lui même réduit et rendu plus difficile alors que tous les professeurs s’accordent à reconnaître l’urgence d’une meilleure maîtrise de la langue maternelle.

Sans doute suis-je pessimiste et évidemment ma position s’inscrit dans une analyse consciemment ancrée à gauche, mais je pense qu’il ne déplaît pas – de façon consciente ou non -, à ceux qui nous dirigent que la majorité des élèves ne parvienne pas à développer un niveau de réflexion suffisant pour résister aux manipulations médiatiques, pour analyser un discours politique et/ou économique et apprendre à construire un argumentaire, pour se réunir et croire en sa capacité de résister ou d’inventer quelque chose. Là-aussi les dégâts sont à venir et peuvent véritablement inquiéter. »

Les suppressions de postes et de matières enseignées, « l’allègement » des disciplines, et l’installation jusque dans les salles de profs d’une résignation en plomb face à ce qui est constamment présenté comme un inéluctable « progrès », allié aux stratégies de culpabilisation des fonctionnaires relayé par le jeanrpierrepernisme médiatique, en rajoutent une épaisse couche dont l’objectif reste constant : obscurcir les têtes…par la trouille, par la télé, par le consumérisme, par l’absence de moyens de penser le monde et de n’avoir d’autres points de vues que ceux qui sont relayés par les dominants. Le processus est en œuvre depuis longtemps, certes : mais la charogne au pouvoir est déterminée à l’accélérer encore plus. La crise a besoin d’imbéciles dociles et de travailleurs soumis.

Les mouvements sociaux de résistance à cet obscurantisme 2.0 sont à soutenir, la question n’est pas là ; mais que pouvons nous faire, nous autres qui ne sommes pas profs et constatons avec effarement le nivellement par le bas en cours ?

Constamment affirmer notre mépris profond et irrémédiable de l’inculture de beaufs mise en place par la droite, et n’avoir jamais peur de dire : ouais, on lit des livres. Ouais, on se « prend la tête » parce que faire ça est ce qui nous différencie des abrutis incultes et fiers de l’être dans ton genre. Ouais, on a raison d’être ce qu’on est et on en retire de l’orgueil qui nous permet de te prendre de haut, petit con d’école de commerce. Ouais, on te pisse à la gueule, à toi et à tes semblables, et on ne se contente même pas de pincer le nez quand on te voit : on te rentre dedans sans pitié pour que tu comprennes bien où est ta place, larve.

Il faut que notre mépris devienne actif et d’une rare agressivité. Il ne faut plus se contenter de « résister » : il faut passer à une contre-offensive à la hauteur de la violence idéologique d’en face.
Et ça, c’est quelque chose qu’on peut faire ici, maintenant, tout de suite.

Mots-clefs :

POSTER UN COMMENTAIRE

Votre e-mail n'est jamais ni publié ni partagé. Les champs obligatoire sont marqués par une *

*
*

RIEN

TITRE

Vous pouvez écrire quelque chose ici. Editer le fichier bottom.php.

NUAGE DE TAGS