Le parti de l‘insolence

Quand on regarde ce qu’est la vie politique dans un pays comme la France, au XXIème siècle, il y a quelque chose qui saute vraiment aux yeux. Tout le monde y est d’une exquise politesse avec tout le monde. C’est en choquant. Choquant que de voir des gens qui a priori sont dans des camps politiques opposés faire [...]

Quand on regarde ce qu’est la vie politique dans un pays comme la France, au XXIème siècle, il y a quelque chose qui saute vraiment aux yeux.

Tout le monde y est d’une exquise politesse avec tout le monde.

C’est en choquant.

Choquant que de voir des gens qui a priori sont dans des camps politiques opposés faire assaut d’autant de plaisante urbanité entre eux. Mettez n’importe qui du P »S » avec n’importe qui du Modem et avec n’import qui de l’UMP, vont-ils vraiment se lancer les chaises à la tronche ? Vont-ils se déchirer sur de graves questions en défendant mordicus et pied à pied les idées de leur camp ? Nullement. Vous les verrez attendre poliment leur tour de parole pour exprimer qu’un tel n’est peut-être pas tout à fait d’accord avec l’interlocuteur précédent et doit reconnaître avoir, c’est terrible de le dire n’est-ce pas, quelques menues divergences qu’il va se permettre de soumettre à l’entendement de son adversaire mais néanmoins collègue, ce évidemment dans le respect du cadre de débat démocratique, un ou deux sucres dans votre thé, cher ?
Et ne parlons même pas de ces mascarades de plateaux-télé, où on voit des figures de partis faire semblant de s’engueuler en public, avant que de se tutoyer hors-champ, dame, ça fait tellement longtemps qu’ils se connaissent et se fréquentent, et puis sortir de la même promo de l’ENA finit par créer des liens, tout de même…

Pacification du combat d’idées, objectera t-on. Atténuation des conflits dans un cadre du respect de la parole d’autrui, ouverture et tolérance sans la quelle la démocratie est impossible…
Mais qui croit vraiment à ces fadaises ?

Affadissement du débat. Consensus mou et généralisé de ceux qui n’ont aucun intérêt objectif à ce que quoi que ce soit change un jour. Pis : symptôme de dégénérescence du politique et de l’essoufflement de nos démocraties dans le ramollissement des idées et la fatigue de les défendre…cette politesse est en fait très mauvais signe : on est poli avec tout le monde quand on a peur. Et à quoi bon déclencher de stériles bagarres, n’est-ce pas…

Insupportable consensus qui prend sa source dans le parfait malentendu qui s’est construit, assez récemment de plus, sur ce qu’on entend par « démocratie » : espace de l’a-conflictuel et du politiquement correct à tous les étages, dimension politique du tiède et du mou où n’existent plus affrontements ou irrémédiables désaccords, politique du compromis permanent dans une société apaisée et d’ailleurs, la lutte des classes n’existe plus, n’est-il pas vrai ? Hypocrisie de ceux qui détiennent les pouvoirs et qui savent parfaitement que fait rage une guerre des classes qu’ils ont déclenché tout en jurant qu’ils ne veulent que lait et miel puisque sinon, la moindre contestation mettrait en péril la « démocratie »…

Sauf que non. La « démocratie » au sens plein du terme n’est nullement cette bouillie tiède qui ne vise qu’au nivellement par le bas et à la recherche stérile et néanmoins perpétuelle du plus petit dénominateur commun, quand bien même il n’existe pas. La démocratie est un espace de conflit entre idées politiques divergentes et irréconciliables. Conflit encadré, certes, de tel sorte qu’il ne dégénère pas en affrontement physique, et encore : mai 68 n’a-t-il pas été, finalement, une expression d’un désaccord politique de fond qui a décidé de prendre la parole hors des cadres qui lui étaient imposés ? Mais faut-il que les « évènements » aient fait trembler bien des professionnels de la politique pour qu’on constate depuis lors cet affaiblissement continu dans la forme et dans le fond du débat d’idées…

La démocratie n’est pas et n’a pas à être quelque chose de « tranquille » non plus que de « serein » : elle doit être combat et inquiétude, matrice du conflit et des moyens de l’exprimer en donnant les outils pour les résoudre, mais toujours temporairement. Une société sans lutte d’idées politique, où le débat est à son niveau zéro et où tout le monde est d’accord sur tout, ça existe : ça s’appelle une dictature. On voit ainsi que la politesse et la bienséance en politique sont l’exact contraire de l’idée démocratique, pour ne pas dire ses ennemis mortels.

Il faut réintroduire l’idée d’insolence. Une vraie insolence politique qui ne s’en laisse pas compter et fait comprendre à ses adversaires qu’on entre sur le terrain de l’inconciliable. Une insolence politique qui cherche la bagarre et l’assume, qui n’éprouve nul respect pour la caste politicienne de petits gestionnaires interchangeables et encravatés qui sont aux commandes, et encore moins pour les intérêts que ceux-ci défendent. Une insolence qui sait et veux faire savoir que le consensus est une baudruche à dégonfler d’urgence puisqu’il ne sert qu’une poignée de dominants pour que les choses se tiennent le plus tranquille possible. Une insolence qui exige et revendique sans trêve ni repos, harcèle et tourmente l’adversaire puisque son but n’est pas de bien s’entendre avec lui mais bel et bien de le faire plier. Une insolence de combat, irrespectueuse et mal élevée, qui donne un coup de pied dans le ronron actuel pour à la fois exprimer un point de vue radical et être force de proposition afin non seulement d’en finir avec la gestion de l’existant qui tient lieu de politique tous partis confondus, mais surtout de dire que définitivement, nous voulons que ça change et pas qu’un peu.

Il nous faut un parti de l’insolence. Et le NPA peut et doit devenir ce parti. D’ailleurs qui d’autre peut tenir ce rôle ? Le Front de Gauche se prépare plus ou moins honteusement à faire allégeance aux socialistes, et certains de commencer à dire que finalement, la gauche plurielle c’était pas si mal…Il n y a rien à attendre de ces gens.

C’est à nous de créer ce parti de l’insolence, à nous de montrer qu’existent dans ce pays des gens à qui on ne la fait pas.

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