Sanspapieriste

Eric Besson envoyé par franceinter. – L’info video en direct. Il faut se faire violence et regarder la vidéo jusqu’au bout. Non par masochisme ou quelconque perversion mais pour bien s’imprégner de toute une hypocrisie tellement, « bessonienne », pourrait-on dire, tellement dans cet air du temps sarkozyfié, et qu’on va encore manger pendant 7 longues années. Besson invoque « la [...]

Il faut se faire violence et regarder la vidéo jusqu’au bout. Non par masochisme ou quelconque perversion mais pour bien s’imprégner de toute une hypocrisie tellement, « bessonienne », pourrait-on dire, tellement dans cet air du temps sarkozyfié, et qu’on va encore manger pendant 7 longues années.

Besson invoque « la Loi », on est en France et il faut respecter la loi. Ah oui, alors, respectons-là, mais si on le fait, on le fait vraiment : ordonnons par exemple l’immédiate fermeture de Bouygues pour emploi frauduleux de sans-papiers. Hein ? Non ? Ça marche pas tout à fait comme ça ? Il y aurait donc non « UNE » loi, mais « DES » lois, ou en tout cas des façons de les envisager et de les appliquer ? On serait donc dans un système institutionnel qui permettrait de faire peu ou prou ce qu’on veut avec la légalité selon sa position sociale ?
Je plaisante. Ces question ne sont évidemment que rhétoriques. Celui qui a le pouvoir décide de ce qu’est la loi et si on l’applique ou pas, c’est aussi simple que ça. Prétendre le contraire relève au mieux d’une innocence touchante, et le plus souvent de la défense de sa propre position dans ledit système.

La manœuvre bessonienne n’est en rien subtile et tel n’est d’ailleurs pas son propos : il faut montrer que le gouvernement se sent « concerné » par l’immigration, créer un distinguo entre celle qui est choisie par le pays d’accueil et celle qui serait « subie » – ceux qui colonisent notre beau pays, souvenez-vous – et faire le ménage dans tous ça. Et donner des gages de bonne volonté à l’électorat lepéniste pour le convaincre de rester dans le giron umpiste et de ne pas retourner vers le borgne et sa grosse fille moche. Les persuader que si ce n’est pas suffisant, c’est déjà mieux que rien. Leur présenter une bouteille à moitié pleine pour montrer qu’on agit, sous les encouragements de la presse de caniveau – Marianne, le Figaro – qui applaudit poliment devant tant de fermeté…

La réalité concrète de l’immigration, le sort des sans-papiers, Eric Besson la connaît sans nulle doute, par ailleurs. Et s’en contrefous tout autant. Il sait pertinemment, comme tous ses collègues de ce gouvernement de charognards, que foutre à la porte tous les sanspap’, c’est techniquement infaisable et mettrait bien des corps de métier dans une merde noire. J’ai longtemps cumulé les petits boulot ingrats dans quelques uns de ceux-ci. Et rien de ce que j’en ai vu, de mes yeux vus, et éclairant :
J’ai bossé dans la restauration : virer les sanspap’, c’est fermer 90 % des restos.
J’ai fait de l’intérim dans le BTP : virer les sanspap’, c’est l’arrêt de mort du bâtiment dans son ensemble.
La réalité concrète de cette immigration « illégale », c’est que ce sont eux qui font les sales boulots pour des salaires de merde, à la plus grande joie des patrons pour qui cette main d’oeuvre corvéable et pliable à merci est une manne. Parce que, au fait, ce ne sont pas les immigrés qui tirent les salaires vers le bas, comme des crétins l’argumentent : ce sont ceux qui les paient au black sans avoir à les déclarer, qui sont responsables de la stagnation des salaires des autres. C’est ça, la réalité concrète, pas la bouillie ethnodifférencialiste des abrutis qui se délectent des éditoriaux d’Ivan Rioufol.

Le chancre Besson pense que c’est faire insulte à ceux qui défendent ces travailleurs – puisque ces gens travaillent dans ce pays, au fait, et pas qu’un peu…- que des les traiter de « sanspapieristes ». Nous prenons donc acte de la chose et en effet, nous proclamons sanspapieristes. Oui certes, nous le sommes, et nous les défendront et soutiendront comme nous le faisons également avec les travailleurs et salariés nés quelque part parce que nous ne faisons pas de différences entre les exploités, nous. Et oui, en effet, c’est une position de classe, qui fait qu’on se sent plus proche du Malien qui fait la vaisselle dans l’arrière d’une cuisine ou du maçon kurde qui se pèle le cul sur un chantier que d’un Eric Zemmour, cette flaque. Et parce que nous savons également qu’adopter une position de classe, c’est-à-dire prendre fait et cause pour les exploités quelle que soit leur origine, c’est refuser l’instrumentalisation d’un débat qui veut jouer la division pour mieux régner et créer une opposition entre les « légaux » et les « illégaux » afin de désigner des boucs-émissaires qui vont détourner l’attention des vrais coupables. Le racisme est un outil politique, et ceux qui l’utilisent à ces fins sont rien moins que de misérables rats.

Vous êtes donc ici sur un blog sanspapieriste, que ce soit bien clair, et si vous y trouvez à redire, sachez que je me fais une joie de vous pisser à la gueule.

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