Monsieur Rioufol, (copié/collé du mail envoyé à la rédaction du Figaro.fr)
Je me décide à vous écrire, parce qu’en tant qu’homme de gauche et partant soucieux de mon prochain dans tous les aspects de son existence, il finit par me venir une poignante perplexité vous concernant. Je m’explique.
En tant qu’homme et citoyen, mais aussi Incontesté Meilleur Blogueur De Gauche, je ne m’étais nullement privé de bien me foutre de votre gueule, il me faut l’avouer. Vous voyez que je n’avance pas masqué et cherche d’abord à mettre les choses au clair d’entrée de jeu. Nous ne partageons à l’évidence pas la même vision du monde, c’est le moins qu’on puisse dire, et pour cette raison je n’ai pas craint de fustiger moult fois vos billets – que je trouve désopilants mais sans doute pas dans le sens que vous le voudriez – et une certaine attitude envers autrui qu’on pourrait un peu qualifier tout de même de paranoïa tendance bouffées délirantes quand vous traitez systématiquement vos contradicteurs de « bien-pensants » alors qu’ils se contentent de vous expliquer, ou en tout cas d’essayer, que vous ne vivez peut-être pas dans le monde réel des gens normaux.
Cependant, la lecture assidue de votre prose finit par m’étreindre d’une forme entêtante d’angoisse : pour ne rien vous cachez, monsieur Rioufol, je suis inquiet. Je suis inquiet pour vous. J’exprimerai mes craintes sans détour : je crains que vous ne fassiez un geste aussi fatal qu’irréparable…
Chacun de vos billet en effet n’exprime qu’épouvante et désespoir. On est envahis, on est plus en France, tout fout le camp, le totalitarisme est à nos portes, c’est foutu, c’est mort, il ne reste qu’une poignée d’esprits lucides cernés par des bobos malfaisants – et multiculturalistes -, la France a tout perdu, ce monde est méchant, etc. Il est vrai qu’au début, c’était très amusant à lire. Très distrayant, si vous voulez. Ne le prenez pas en mauvaise part, mais ces hululements hallucinés à répétition ayant pour but de reconstruire la réalité pour la faire convenir à votre pathologie sont, pour quiconque dispose de trois neurones en état de marche, follement rafraîchissants. Mais il me semble donc que ces derniers temps, avec cette farce de l’identité nationale dont ce gouvernement de charognards nous rebat les oreilles pour faire diversion à ses échecs répétés, il me semble disais-je que cette affaire soit la goutte qui fait déborder le fragile vase d’une santé mentale quelque peu surmenée…
N’écrivez-vous point dans votre billet du 13 novembre 2009 – rédigé par ailleurs à 0h01, drôle d’heure tout de même, souffrez-vous d’insomnies ? Êtes vous tourmenté par de noires pensées au moment de l’endormissement ? Allez vous bien à la selle ? -, cette courte phrase qui m’a jeté dans de sombres alarmes :
« il est demandé aux Français de choisir entre, d’une part, la poursuite d’un processus de libanisation de la société devenue multiethnique »
« Libanisation » ?
Ce qui sous-entendrait que nous serions fort proches d’une sorte de conflit comme en a connu le pauvre Liban dans les années 80, quand des chiites hurlants se jetaient sur des ambassades occidentales les mains scotchées sur le volant de leur camions bourrés de nitrate-fuel pendant que des factions surarmées s’entretuaient rues par rues ????
Et là, monsieur Rioufol, là, je suis inquiet. Je suis très inquiet pour vous.
Parce qu’un tel conflit n’est pas sorti de nulle part. Les factions susnommées, avant que de se mettre sur la tronche – et massacrer au passage un gros paquet de civils – possédaient déjà des armes de guerre et l’entraînement qui va avec. S’étaient déjà organisées, et depuis longtemps, en petites armées disciplinées et équipées qui manifestaient haut et fort leur existence. Le Liban n’a pas basculé d’un jour à l’autre, soudainement et sans que rien ne l’annonce, dans l’horreur de la guerre…
Euh, monsieur Rioufol, où sont les milices fanatisées et armées jusqu’au dents dont vous parlez ?
Où ?
Puisque tout de même, le pire qu’on risque en France en 2009, c’est une agression à des fins crapuleuses, admettons, et encore. Ce qui n’est tout de même pas tout à fait la même chose que de se faire mitrailler sa voiture à l’AK-74. Si ?…
Il me semble donc que tout ça est quelque peu confus dans votre tête, monsieur Rioufol…et on a trop connu par le passé de ces gens qui, se sentant par trop incompris et poussé au désespoir par leurs propres fantômes, ont fini par commettre un geste trop définitif…
Je voudrais vous poser une question un peu indiscrète, monsieur Rioufol : avez vous une compagne ? Quelqu’un qui partage vos jours et vous soutient dans les moments difficiles, vous encourage au quotidien, vous accompagne à la clinique pour la consultation du mardi et vous aide à prendre vos cachets ? La présence d’une être aimant peut être un grands secours pour les personnes fragiles dans votre genre, et peut même contribuer à une petite amélioration de votre état. Il faut faire confiance à la nature humaine, monsieur Rioufol. Et si par malheur vous étiez seul à affronter ce monde hostile et froid, j’ai peut-être trouvé chaussure à votre pied, regardez :
Fadela Amara / Elisabeth Lévy / Ivan Rioufol / Hervé le Bras
envoyé par FrenchCarcan. – L’actualité du moment en vidéo.
N’est-ce pas touchant de vous voir aux côtés d’Elisabeth Lévy ? Franchement, quand on voit cette vidéo, on ne peut que se dire : qu’ils vont bien ensemble ces deux là ! Et cette éclair de heu, démence ? Bon, disons « passion » qui habite le regard de mademoiselle Lévy – qui a l’air complètement folle quand même, dans les moments où on la voit – ne serait-il pas le complément parfait à la gueule de raie psychorigide qui est la vôtre, et qui cache à coup sûr une âme sensible et délicate ? Vous voir tous deux chanter les louanges de la culture française m’a bouleversé, quant à moi. Et comme on vous imagine bien, tous les deux, joue contre joue, à fustiger la bien pensance le regard tourné vers un Occident tout bleu et surtout tout blanc…
Monsieur Rioufol, n’hésitez plus ! Le bonheur était assis à côté de vous ! Contactez au plus vite la rédaction de Causeur et jetez vous à ses pieds ! Joie ! Félicités ! Délices et orgues !
Mais si vous faites des petits, ne m’en réservez surtout pas un, d’accord ?
Bien à vous,
CSP« .
Mots-clefs :Ivan Rioufol, Lettres
ON FAIT QUOI MAINTENANT?