- Bonjour Xavier Bertrand.
- Bonjour, complaisant journaliste réactionnaire.
- Alors comme ça, vous vous prononcez contre l’homoparentalité et comme par hasard vous êtes de droite, c’est stupéfiant ça, non ?
- (rires) Précisément pas. À l’UMP, nous pouvons hurler tant qu’on veut qu’on est modernes à fond les ballons, notre creuset idéologique lui est intangible : on aime la famille normale, avec des hétérosexuels normaux dedans, et blancs de préférence. Je ne vois pas où est le problème.
- Et bien justement, bon, moi je dis ça je dis rien, mais il se trouve qu’on est au XXIème siècle, toussa, et qu’on pourrait se dire si on est un peu chafouin, hein, que pondre des énormités comme je cite : « Ma famille politique est opposée à l’adoption par les couples homosexuels. La loi ne le permet pas et je ne vois pas pourquoi il faudrait la changer« , ce qui est grandiose, et un peu plus loin : « Je ne suis pas favorable non plus au mariage homosexuel car, ensuite, se pose précisément la question de la filiation ou de l’adoption par les couples homosexuels. J’estime qu’il est important de poser des repères.« . Voili voilou, c’est pas un peu chais pas moi, ringard ? Un peu ?
- Nullement. Il ne faut d’ailleurs pas dire « ringard », ce n’est pas gentil. Il faut plutôt dire « respectueux des traditions qui ont construit la France ». C’est plus long, mais ça permet de faire le lien avec la valeur-travail pour expliquer à ces feignasses de français qu’il faut se sortir les doigts du cul et bosser jusqu’à la mort en se contentant de la vie de cons qu’on leur propose. Et pas se mettre des plumes dans cul et tripoter des petits garçons comme font les fiottes. Sans déconner.
- Ouhlala, mais Xavier Bertrand, c’est quand même un tout petit peu homophobe au niveau de l’amalgame à deux balles de gros con moisi, ça, quand même. Non ? Un peu ?
- Vous êtes contaminés par l’idéologie permissive droidlhommiste soixantehuitarde qui a mené ce pauvre pays sur la voie de la dépravation et des 35 heures. Ce n’est tout de même pas ma faute si pédé et pédophile, ça sonne presque pareil, non ? C’est un signe, merde. Donc non, on va pas confier des gosses à des tarlouzes puisque la seule manière de les élever correctement, c’est avec un papa et une maman. Et une vraie maman, avec une foune, des seins, et la batterie de cuisine qui va avec, pas une espèce de Zaza Napoli, d’ailleurs la preuve que je ne suis pas homophobe, c’est que j’ai vu La cage aux folles 12 fois.
- Moui, c’est éclairant. Mais une question encore, vous qui vous dites libéraux paske être libéral c’est la liberté et toutes ces sortes de choses, comment ça se fait que sur ces histoires vous êtes pas trop pour la liberté des pas comme vous – gros con, hétérosexuel, blanc, friqué -, enfin quoi t’est-ce ?
- T’es con ou quoi ? Il faut vraiment avoir la cervelle en yaourt pour penser qu’on peut être libéral sans être un crapaud réactionnaire ! Les deux vont très bien ensemble, d’abord : libéral pour la thune, réac pour tout le reste. L’Ordre, la Famille, le Travail, et briser les reins du Code du travail pour enrichir nos copains. Et ça marche très bien comme ça.
- Mais que répondriez vous à ceusses qui prétendent que quand on est « libéral », on est pour la liberté et aussi pour toutes les libertés, l’homoparentalité mais aussi le port d’armes et autres amusantes billevesées ?
- Je connais ces gens, il y en a quelques uns à l’UMP, je vous assure. Ensuite, tout le monde se fout de leur gueule et personne ne les écoute, évidemment. Ils se contentent de se réfugier sur le Ouèb dans d’amusant petits forums lus par 12 personnes et ne nous emmerdent pas plus que ça. Mais attends, je t’explique : nous, on est libéraux réactionnaires, ok ? Pas libéraux libertarés à la ramasse avec lourdes pathologies cumulées. On a un projet politique précis : se faire de la thune sur le dos des moutons, et leur faire peur avec l’insécurité pour qu’ils se tiennent tranquilles. On est pas cons, non plus, hein, on sait très bien que le libre marché, ça marche que dalle et qu’il faut que l’État fille du pognon au privé qui jamais ne pourrait s’en sortir sans ça. Ça tombe bien : l’État, c’est nous, et comme ça on peut gaver nos copains du privé. On est cohérents, quoi.
- Et les pédés dans tout ça ?
- Tu m’étonnes qu’avec des régionales qui vont pas être gagnées d’avance, loiiiiin de là, faut montrer des signes de Vraie Réaction estampillée NF pour que notre électorat de veaux aigris ne décide pas de retourner dans le giron du borgne et de sa grosse fille moche. C’est de la stratégie, ça, garçon.
- Et une Nadine Morano qui n’a pas le même point de vue que vous, c’est quoi tout ça ? N’y aurait-il pas des couacs dans la majorité ?
- (rires) T’es vraiment con, en fait, c’en est attendrissant. Avec d’un côté un gros bourrin comme moi qui reste sur des positions archaïques, et de l’autre une Morano qui exprime le point de vue opposé, on gagne sur les deux tableaux ! Tu crois qu’il est progressiste, l’électorat gay ? Il se tournera vers ceux qui lui promettent vaguement qu’un jour, éventuellement, peut-être, tant qu’on est au pouvoir, on fera des bricolettes qui gêneront personne, et on fera croire à Gay Lib’ qu’ils servent à quelque chose, enfin, à part d’avoir un pied chez les fiottes pour faire genre et les convaincre que le changement viendra de notre côté. Et comme les socialos sont complètement à l’ouest sur tout, c’est vers nous qu’ils se tourneront dans le vague espoir de, un jour, peut-être, éventuellement…Ahr ahr ahr, on est trop forts.
- C’est admirable, en vérité…et bien merci Xavier Bertrand pour cette interview éclairante, et puis-je ajouter quelque chose d’un peu…personnel ?…
- Voui, je t’en prie mon lapin.
- Je…je vous trouve très beau…voilà…
- (rougissant)…écoute…on pourrait aller je sais pas moi chiner au puces samedi matin tous les deux ?…
- Rien ne me ferait plus plaisir, Bertrand…
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ON FAIT QUOI MAINTENANT?