Jungle Fever (1991) – Trailer
envoyé par Melvin-X.
Flipper Purify est un bon père de famille. Dans sa boîte d’architectes, une nouvelle secrétaire Italo-Américaine est engagée alors qu’il avait demandé une Afro-Américaine. Cet épisode lui démontre qu’il n’est pas pris au sérieux dans cette entreprise dirigée par des Blancs (dont il est pourtant un des principaux maître d’oeuvre) ; et, en même temps, il couche avec Angie, cette nouvelle secrétaire. Flipper est virée par sa femme, sévèrement jugé par ses amis, mis au ban par son père… Angie, elle, est battue et insultée par son père, expulsée de chez elle, elle aussi jugée par ses proches… On assiste en parallèle à la lente descente aux enfers de Gator, le frère de Flipper (joué par Samuel L. Jackson).
Régis Dubois (dans Le cinéma des Noirs Américains, entre intégration et contestation) résume parfaitement le film : « Jungle Fever fait, à l’instar de ses protagonistes, le constat amer du racisme aux Etats-Unis. C’est un drame urbain âpre et sans concession, provocateur et dérangeant, qui offre une vision on ne peut plus pessimiste des relatio
ns interraciales, doublée d’une exploration tout aussi pessimiste et alarmante des ravages de la drogue » .
Rien n’est complaisant, comme d’habitude. Spike Lee met en avant une multitude position sur les relations interraciales : les plus bêtement racistes (la plupart des Italo-Américains), les fantasmes, les jugements moraux (le père de Flipper), les interrogations des femmes noires
(ce qui donne lieu à une scène géniale), les romantiques qui se foutent de la couleur (le pauvre Paulie -John Turturro- finalement un des héros du film)…
Comme dans School Daze, Lee plonge aux tréfonds de la conséquence de plusieurs siècles d’esclavage et de séparation : les différences de teinte de peau, et leur importance (étonnante et mésestimée de notre coté de l’Atlantique) dans les relations sociales.
Pas de réponses, juste des pistes, des mises en garde loin « des films de Walt Disney » comme le dit Flipper.
L’humour est au rendez-vous. La patte de Spike Lee est toujours présente avec ses rouges saturés, ses décors qui défilent sans que les personnages bougent, son attrait pour filmer les corps…

Le générique est excellent ; la caméra de Lee nous fait traverser Harlem (en tout cas, sa version de harlem), tandis que des panneaux de signalisation en surimpression annoncent le casting. Gros casting d’ailleurs : Wesley Snipes dans le rôle principal (que l’on avait vu dans le précédent Lee, Mo’ Bette Blues), Annabella Sciorra, Halle Berry en junkie dans son premier long métrage, le grand Anthony Queen qui joue le père de John Turturro (Spike Lee lui donne là le meilleur rôle de leur longue collaboration), Samuel L. Jackson (pour sa dernière collaboration avec Lee, il gagnera avec ce rôle le « meilleur second rôle » du Festival de Cannes), LE couple du cinéma noir Ruby Dee et Ossie Davis, la rappeuse Queen Latifah, Miguel Sandoval et Rick Aiello dans le rôle des flics (les officiers Ponte et Long, comme dans Do the Right Thing), Tim Robbins en patron…
Bref, un bon Spike Lee, et de toute façon, un incontournable.
ON FAIT QUOI MAINTENANT?