Je puis à présent l’avouer : je commençais d’éprouver une sorte d’inquiétude.
Pour vous dire même sincèrement les choses, le doute rongeur me taraudait.
Quelque chose ne tournait pas rond dans ce monde. Quelque chose n’était pas à sa place. Quelque chose manquait, n’était pas là, il y avait une béance dans l’espace-temps qui décalait tous les paramètres.
Marianne – ce canard de merde – ne nous consacrait plus une ligne depuis des semaines.
Je guettais sur Google actualités, d’abord curieux, puis intrigué, puis quelque peu inquiet et ainsi graduellement jusqu’au début d’affolement, et ne pouvais que constater avec une grandissante angoisse que Marianne – qui est quand même un sacré torchon – ne pipait plus un mot, plus une virgulette. Je ne comprenais pas. Il y a encore quelques petits mois, c’était articles ridicules sur éditoriaux grotesques, pitoyables humeurs de chefaillon de rédaction sur jet de morve de pigiste, et soudain, le vide. Le rien. Le Grand Nulle Part…
Il est de certains tourments qui ainsi vous rongent secrètement. De ceux, par trop intimes, que vous n’osez partager de peur de trop dévoiler, de trop s’exposer, de peur, pourquoi ne pas l’avouer ? d’être blessé à nouveau…
Marianne – mais comment peut-on acheter cette bouse, franchement ? – ne publiait plus rien sur nous…
Je regardais un ciel vide en y cherchant des réponses qui ne vinrent point…qu’avions nous fait ? Qu’avions nous dit ? Quelle funeste erreur avions nous commise, quel égarement fut donc le nôtre ? J’errais, seul et désemparé, l’esprit obscurci de milles questions et d’autant de déchirements…
Jusqu’à aujourd’hui.
Ah ! Quel soulagement ! Quelle eau fraîche sur mon âme, quelle source de joie et de félicité ce fut de voir qu’enfin non seulement ce canard – de merde – enfin s’intéressait encore à nous ! Mais quel ne fut pas le comble de mon enchantement quand par les Dieux ! ce n’est point seulement un article qui tente – piteusement et on va voir à quel point – de nous descendre en flammes, mais un livre entier !!!
Je manquais de m’évanouir, tant l’heureuse nouvelle me transporta.
Un livre. Oui. Un bel et beau livre avec des pages et plein de mots écrits dessus tout entier consacré à notre Joufflu Gourou. Joie ! Joie ! Pleurs de joie ! Si la beauté est une promesse de bonheur, on peut dire avec certitude que l’ouvrage sera à coup sûr sublime en tout point.
Mais voyez plutôt :
« Le PSG ! Voilà justement l’une des passions que Nicolas Sarkozy partage avec… Olivier Besancenot. »
S’ensuit un passage – fort mal écrit au demeurant mais ne boudons par notre plaisir par de sottes chicanes – où l’auteur démontre par A+B qu’en effet, le Nain vagal et notre Lider à Vélo ont l’absurde mauvais goût d’être tous deux supporters de foute.
Bon.
Et c’est tout ?
Oui.
Enfin…
Pas tout à fait.
Puisque dès le passage suivant, Renaud Dély – un ex de Libé, gage de qualité…- délire, le mot n’est pas trop fort, sur le fait qu’OB travaille…en vélo. Oui. Un vélo, quoi. Jaune. Qui est, accrochez vous bien :
« une certaine idée de la France, immuable, rurale et éternelle, qui se transmet de génération en génération, et que l’on retrouve aussi bien dans les racines du pompidolisme que sur le clocher du village de l’affiche « La force tranquille » de François Mitterrand, en 1981, ou, plus récemment, dans ces grandes figures de l’histoire de France, de Péguy à Jaurès, récitées par Nicolas Sarkozy à l’occasion de ses meetings de la campagne présidentielle de 2007. »
(Je n’ose pensez à ce que ce Renaud Dély aurait écrit si le Gourou avait effectué sa tournée en mobylette…)
Quoiqu’à la réflexion, quand je vais chercher ma baguette sur mon B’Twin, il peut à l’occasion me venir des réflexes proprement crypto-fascistes. Surtout quand on me grille la priorité, où là je bascule dans un urgent désir de totalitarisme mais nous nous égarons, je crois.
Bref.
Vous l’avez compris, ce livre est comment dire…
Rédigé par un journaliste de Marianne.
Et je ne sais pas vous, mais moi, j’en suis rasséréné.
ON FAIT QUOI MAINTENANT?