Le doigt et la lune, Réponse à Michel Onfray

Réaction à  l’article de Michel Onfray dans Siné hebdo du 4 mars 2009 Fin 2008, la création de Siné Hebdo a été vue comme l’expression du retour de la gauche, la vraie, dans la presse satirique française. La dictature éditoriale de Philippe Val, qui n’en finissait plus de virer à droite, avait convaincu beaucoup [...]

Réaction à  l’article de Michel Onfray dans Siné hebdo du 4 mars 2009

Fin 2008, la création de Siné Hebdo a été vue comme l’expression du retour de la gauche, la vraie, dans la presse satirique française. La dictature éditoriale de Philippe Val, qui n’en finissait plus de virer à droite, avait convaincu beaucoup des lecteurs de Charlie Hebdo de se reporter sur le nouveau Siné, qui incarnait un îlot de gauche non politiquement correcte au milieu du consensus et des lieux communs.

« Siné » est devenu rapidement un point de repère pour la gauche progressiste et ses intellectuels, qui y publient régulièrement des tribunes. Parmi eux, Michel Onfray, qui se veut un penseur de la radicalité et philosophe militant. Sa compréhension du militantisme l’a amené à devenir surtout un intellectuel très médiatique, mais qui avait le mérite de l’engagement oral à gauche.

Le titre de la double page du Siné Hebdo n°26 daté du 4 mars, finement intitulée « l’anticapitalisme révolutionnaire de droite » et signée de notre ami philosophe, peut donc de prime abord surprendre.

L’auteur semble d’emblée très remonté: « La droite est unanime : la constitution du Nouveau Parti Anticapitaliste est une aubaine. » Cette première phrase qui emprunte à la fois au discours du PS sur le vote utile et celui du PCF sur « la gauche qui ne veut pas se salir les mains », pourrait presque faire croire à une finesse rhétorique tant elle reprend les poncifs du discours de cette « gauche » en laquelle Onfray lui-même ne croit pas.

Mais la suite de l’article fait glisser momentanément Siné Hebdo dans une direction inquiétante. Le philosophe fait de sa tribune un réquisitoire aussi peu digne de lui que d’un hebdomadaire de gauche critique.

Dans son introduction, il justifie sa première accroche en développant une vision très personnelle du traitement médiatique du NPA, dans laquelle les medias dominants jubileraient de pouvoir attaquer le parti sur ses positions qualifiées de « non-unitaires ».

Suit un développement sur le choix auquel le NPA serait confronté, résumé ainsi :

D’un côté, privilégier les idées (la « pureté révolutionnaire ») et rester à jamais un parti de « ya qu’à » (car privé de mandats) .

De l’autre mettre de côté nos idées et tout faire pour obtenir des mandats électoraux avec d’autres forces de gauche.

L’article se conclut par un avertissement au NPA : Sans stratégie d’union de la gauche « anti-libérale » dans la perspective d’une prise de pouvoir globale, le parti « sera le meilleur allié de la droite ».

Dans ce schéma en noir et blanc, Onfray opte pour le blanc, en arguant que « le NPA ne sera jamais majoritaire seul ».

Son raisonnement repose sur deux éléments :

Tout d’abord, une méconnaissance du programme du NPA et du fond de notre politique d’alliance, pourtant clairement explicitée dans notre résolution adoptée au congrès de fondation et étayée dans nos communiqués de presse.

Pour critiquer, il faut d’abord aller voir, même pour crier à la propagande. La prétendue « pureté révolutionnaire » repose uniquement sur notre axe stratégique (connu de longue date) de non-alignement sur la social-démocratie, non parce qu’elle a les pieds fourchus mais parce qu’une alliance électorale (directe ou par organisation interposée) avec le PS mène nécessairement à une satellisation organisationnelle et à la participation à une politique d’accompagnement social du capitalisme (à l’image du PCF encore aujourd’hui dans les exécutifs régionaux ou municipaux où il a maintenu des élus en faisant des accords de gestion avec le PS).

Ce constat n’est pas le fait d’un délire de révolutionnaire pur et dur mais le simple corollaire du système électoral bipartite, dont les mécanismes (mis en lumière par un milieu scientifique universitaire pourtant peu enclin à la théorie du complot) donnent aux partis institutionnels ayant intérêt à la perpétuation de leur position dominante le pouvoir de dicter les modalités d’alliances.

Le raisonnement de M. Onfray repose ensuite sur une base idéologique, un aveuglement sur les perspectives d’évolution du rapport électoral. M. Onfray raisonne comme si le rapport des forces à gauche était invariable, comme si l’électorat du P.S était un électorat fidèle et convaincu et comme si le P.S était voué à rester éternellement le pôle autour duquel l’unité électorale doit tendre. Si le philosophe admet qu’il n’est « pas question de gouverner avec le P.S », il n’en semble pas moins considérer comme irréaliste et « non-unitaire » le fait de poser la rupture avec la social-démocratie comme un préalable à la refondation de la gauche qu’il appelle de ses vœux. Il faudrait avant tout privilégier l’unité de façade, et arrêter les « génuflexions devant Platon ».

Il le dit d’ailleurs explicitement « …Le NPA ne sera jamais majoritaire seul. S’il joue la logique du tout ou rien, il n’aura rien car jamais il n’aura tout. ».

On peut commencer par rappeler que le but du NPA est moins d’être un parti hégémonique que le pôle de convergence des aspirations (intrinsèquement révolutionnaires) de la gauche, tant au niveau interne (illustré par la diversité des forces composantes du NPA) qu’au niveau externe (sa politique d’alliance). L’unité des gauches est déjà bien avancée au sein du NPA.

Pour l’unité des partis, le NPA ne demande pas « tout », mais seulement (et logiquement) un accord dans la durée  en indépendance vis-à-vis du P.S (sur le plan électoral). Le refus du PCF et du PG de constituer ce nouveau pôle de gauche (et leur volonté de lui substituer un front électoral temporaire) est donc surtout le témoin de leur frilosité vis à vis du PS et de leur manque de conviction dans leurs propres idées (pour ne pas parler de tromperie électoraliste).

On peut citer, pour illustrer cette position, Eric Coquerel, secretaire national PG aux relations extérieures: « indiquer que nous refuserions, quelque soient les conditions, un accord avec le PS, comme nous le demandait le NPA, c’est évidemment annoncer à l’avance que nous renonçons à construire une majorité. »1

La seule chose qui empêche l’unité à gauche pour un vrai changement, c’est donc d’abord l’idéologie du vote utile, qui fait des victimes jusque parmi les philosophes en manque d’inspiration. En outre, si M. Onfray s’inquiète de notre absence de stratégie, qu’il se rassure. Il ne fait que passer à côté.

Azzedine

Notes:

1: http://www.lepartidegauche.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=528:a-propos-des-decisions-du-npa-et-de-larrivee-de-qgauche-unitaireq-dans-le-front-de-gauche&catid=76:actualite&Itemid=170

Mots-clefs :,

POSTER UN COMMENTAIRE

Votre e-mail n'est jamais ni publié ni partagé. Les champs obligatoire sont marqués par une *

*
*

RIEN

TITRE

Vous pouvez écrire quelque chose ici. Editer le fichier bottom.php.

NUAGE DE TAGS